GLAIVE de JAIS de Sylvie Huguet, éditions Assyelle, 2017, 131 pages, 12 euros.

 

Pour commencer l'année 2018, quelle belle image  que ce cheval noir ailé, en première de couverture !

Echo au Pégase de la mythologie, au "noir cheval de l'ombre et de la nuit" de Victor Hugo dans La Légende des Siècles, et peut-être à l'animal mystérieux, psychopompe chez Saint-John Perse:

" Les chevaux sont passés qui couraient à l'ossuaire, la bouche encore fraîche des sauges de la terre". ( Chronique, II)

Il n'y a pas de romans "jeunesse " ou "adultes" pour moi, dans le domaine initiatique, mais des degrés de lectures.

Au sens littéral, Glaive de Jais est un roman d'aventures. Anne, Ghislaine et Lucas ont treize ans et sont passionnés par les chevaux. Déjà écrivain, Anne invente un univers onirique pour ses amis. Mais ceux-ci ont envie de monter des chevaux dans la réalité... et s'inscrivent dans un club équestre. Pour l'anniversaire d'Anne, ses parents lui offrent un tableau qui va les faire basculer dans un royaume swiftien où les chevaux sont des créatures sublimes : le royaume de Roquémeraude dont le roi est un cheval noir, appelé "Glaive de Jais". Or ce royaume est menacé par un sorcier Ugorth et ses Gorgons. On devine que les adolescents seront les Elus attendus pour combattre les forces maléfiques.

Pour le lecteur attentif au sous-titre "L'étalon qui avait perdu son âme", d'autres degrés de lecture s'offrent à nous. De quelle "âme" s'agit-il ? L'âme de l'enfance ? Car ce récit se déploie comme un hommage à l'enfance et à sa capacité d'émerveillement :

"Elle redoutait de quitter son enfance, quand Ghislaine et Lucas se précipitaient impatiemment vers l'avenir, supportait mal les transformations de son corps et craignait que ne tarît avec l'âge l'imagination que ses amis venaient de renier".

Anne incarne la figure de l'artiste dans ce roman qui en livre un autre en creux: Portrait de l'apprentie-artiste.

L'artiste est un enfant qu'il faut apprendre à protéger de la raillerie.

L'artiste doit aussi faire des "choix" qui exigent des "sacrifices".

L'artiste doit suivre son guide intérieur, son "Glaive de jais" pour ne pas tomber dans le piège de la mort spirituelle.

 

Face à Anne, Ghislaine et Lucas incarnent le couple de Français moyens satisfaits d'avoir une maison, des enfants...ils ne comprennent pas qu'écrire pour elle, c'est une nécessité de questionner la vie.

 

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