LOVECRAFT : une approche généalogique de l'horreur au sacré de Lauric Guillaud

Paris, éditions de l'œil du Sphinx, 2017, 127 pages, 15 euros.

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Très fouillé, l'essai de Lauric Guillaud, professeur des universités, américanophone, comparatiste offre d'emblée le mérite d'être agréable à lire. Dans un premier temps, cet érudit nous retrace le contexte historique et socio-culturel de l'œuvre lovecraftienne comme s'il écrivait une saga.Il nous montre H.P Lovecraft comme l'héritier d'une famille d'écrivains hantés par les mondes perdus.

Dans un deuxième temps, il nous explique comment le maître de l'horreur a forcé le trait: 

"lyrisme et mysticisme sont évacués au profit d'une stratégie de décomposition et de recomposition qui subvertit tout positivisme, toute rationalité".

S'il paraît évident que Lovecraft a inventé une eschatologie non chrétienne et développé une rhétorique de la répétition et de l'hyperbole, l'étude de Lauric Guillaud dévoile une particularité de l'œuvre à laquelle elle doit aussi sa pérennité: la "profusion des aberrations biologiques (...) et les nombreux intertextes" introduisent des dissonances cognitives dans l'esprit du lecteur. Les écrits lovecraftiens brouillent nos repères spatio-temporels et nous sortent de notre zone de confort.

Mais pourquoi les écrits de Lovecraft nous fascinent-ils tant encore aujourd'hui?

Lauric Guillaud nous donne des éléments de réponse dans la dernière partie de son essai. Aujourd'hui, dans un monde occidental, en mal de repères, parfois même, en plein chaos, les "textes d'horreur contemporaine(...) récrirairaient les allégeances originellement religieuses"...

En bref, Lovecraft n'est pas qu'un simple raconteur d'histoires de monstres; c'est un penseur ou plus exactement "(un) imagier" du Mal. A notre époque troublée, le genre fantastique se substitue aux mythes platoniciens pour nous révéler "ce qu'une culture préfère taire".

L'approche de Lauric Guillaud dessine donc une généalogie de l'inconnu, qui nous renvoie à nos structures limitantes, avec beaucoup d'esprit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Source: Flickr