ob_e456f2_la-couverture-definitiveParu il y a quelques semaines, aux éditions La Clef d'Argent, le récit de Laurent Mantese, intitulé Pont-Saint-Esprit, les cercles de l'enferillustre qu'aujourd'hui la notion de genre, en littérature, est obsolète. Nourri par des recherches historiques autour de l'ergotisme, par des faits réels datant de 1951, l'ouvrage de ce jeune auteur ( né en 1976) remarqué par son talent de nouvelliste, se double de celui de chroniqueur et de romancier.

Inspiré par un contexte historique, celui de l'après-guerre, et par un lieu, une commune "belle et joyeuse", l'auteur montre l'orientation d'un fantastique contemporain, moins ancré sur l'effet, le spectaculaire (loups-garous, zombis etc) que sur l'exploration de zones grises, de terra incognita. Car l'être humain se fabrique souvent son Diable ou ses démons, se modèle des Golem...

Que s'est-il passé en août 1951? Laurent Mantese prend le parti d'un narrateur omniscient pour nous faire revivre l'histoire d'une folie collective. Des villageois ont des malaises, puis des hallucinations, et enfin des crises d'hystérie. Quelle en est la cause? Le pain contaminé? Reste la douleur du survivant, narrateur hanté par "les visages des souffrants, pareils à celui du Christ crucifié peint par Grûnewald dans le retable d'Issenheim".

De façon subtile, Laurent Mantese utilise l'étrange de ce fait divers afin de lutter contre l'indifférence qui mine souvent nos sociétés citadines, occidentales et contemporaines. L'allusion à la peinture dans ce récit humaniste est un appel à la sensibilité, à notre sensibilité. Au demeurant, l'étrange, le fantastique peuvent être ces outils de réflexion qui secouent la paresse de l'âme. L'ouvrage de Laurent Mantese nous permet de garder l'esprit ouvert, de réfléchir à des phénomènes qui ont existé et qui pourraient se reproduire.

La sensibilité à l'occulte permet de ne rien occulter.