" L'adolescence est une chose fragile. Il suffit parfois d'une rencontre, d'un lieu, d'un accident ou d'une révélation pour que toute une vie s'en trouve modifiée, chamboulée".

 

Marqué par cet âge des possibles, Darkrün, le recueil de nouvelles de Pierre Brulhet, paru récemment à La Clef d'Argent, en décembre 2014, décline les "infinies possibilités" d'un tirage divinatoire: des runes aux vertus distrayantes ou éclairantes. Ainsi l'amitié est-elle placée sous les auspices de Lovecraft dans "Signes", évoquant les jeux de rôle, où les "gamers" cherchent l'initiation à l'âge adulte à travers une épopée dangereuse.

L'amour, lui aussi, n'arrive pas à se vivre directement, mais par écrans interposés ("Fantasm 13") ou dans un infini à valeur de mirage: les "étranges ruines martiennes" où se réveillent John et Margaret, entre "l'euphorie et la détresse".

La peur paralyse tant les humains qu'elle les empêche de trouver une solution à leurs problèmes. Il faut le courage de Mamadou, dans "Le long puits", pour repousser les ombres de l'au-delà, et sauver son village d'une malédiction.

Pierre Brulhet s'adresse à ses lecteurs avec des mots simples et des images qu'il comprend pour le divertir, mais aussi pour l'avertir.

Il les met en garde contre l'indécision juvénile qui mène à l'aliénation dans "Darkrün" ou à la vieillesse prématurée dans "Trois amours".

Ici, la nouvelle se rapproche de la parabole; le récit fantastique se rapproche du roman populaire. L'aventure exotique, interstellaire, cède le pas aux réflexions de la "vraie vie".

 

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