LAUTREAMONT_COUV_TELFruit d'un tandem, celui du scénariste Corcal et de la dessinatrice Edith, La Chambre de Lautréamont, publiée aux éditions Futuropolis est un ovni. Ovni d'une rare complexité! Rares sont les B.D qui jouent autant sur les connotations culturelles.

Avec un trait expressionniste et fluide, les auteurs nous plongent dans le Paris de la Commune, dans une atmosphère baignée de clair-obscur où le lecteur doit démêler le faux du vrai, le réel de l'imaginaire. À cet égard, la préface et la postface brouillent habilement les cartes. Est-ce que le héros, le feuilletonniste Auguste Bretagne a bien existé? Et son grand amour, la poétesse Emily? À travers un récit fantastique, celui d'une histoire de revenant, cette œuvre interroge les genres (roman, poésie, graphisme...) et le sens de l'Histoire. À part les érudits, qui se souvient que Charles Cros fut poète et inventeur, découvreur  en 1877, du phonographe inventé par Edison? De même, les feuilletons à épisodes dans la presse écrite ont disparu.

Le lecteur s'identifie facilement à Auguste Bretagne, partagé entre sa passion pour la littérature et la nécessité de gagner sa vie en tant que pisse-copies. Une situation raillée par l'avant-garde de l'époque, les "zutistes" fréquentés par Emily et... Rimbaud. Heureusement, le 7 rue du Faubourg Montmatre (le 32 dans la réalité historique) où vit Bretagne est hanté par le fantôme de Maldoror, alias Isidore Ducasse. Un génie de la poésie autrefois malfaisant, qui va se révéler le bon génie de Bretagne...